POURQUOI EST-IL NÉCESSAIRE DE
PROMOUVOIR et DÉFENDRE
L’ÉCOLE MATERNELLE
FRANCAISE AU DÉBUT DE CE 21ème SIECLE ?
1. Il faut absolument conserver les
bons points actuels de l’école maternelle française
A. C’est un lieu de respect de l’enfant et de ses besoins.
B. Les enseignants prennent le temps pour faire ce qu’on
a à faire.
C. Les personnels s’inscrivent dans un état permanent de recherche et d’autocritique sur leur
action.
D. Les apprentissages y sont permanents et importants. Le jeu, par exemple, occupe une place privilégiée,
car il permet d’apprendre la vie, les règles et la loi, le respect et la place de chacun.
E. La place des arts y est aussi signifiante que l’accès quotidien à la culture.
F. C’est là qu’on y apprend la règle et le respect des lois et des autres personnes, mais aussi de soi-même.
G. Le corps y est appris, respecté et développé autant que
l’esprit et la réflexion. La connaissance de la physiologie, l’utilisation et l’usage de son corps, sa maîtrise progressive participent de la construction de l’être humain, et représentent des
fondamentaux indispensables pour acquérir ensuite la savoir-lire et le savoir-écrire.
H. La maternelle est la fondation indispensable du reste de l’édifice : tous les acquis et savoirs inculqués en maternelle sont incontournables pour que
l’école élémentaire puisse faire son travail ensuite : si l’enfant n’a pas atteint les objectifs inculqués à la maternelle, il ne pourra
suivre normalement l’enseignement prévu de 6 à 11 ans.
I. C’est un lieu d’écoute, d’échange et d’expression avec
les parents et les partenaires. On ne peut enseigner, et gérer une classe maternelle, sans un dialogue permanent et continu avec les parents, sans une concertation avec les différents partenaires associés de la Petite Enfance.
J. C’est le seul lieu institutionnel en France où le tout-petit
enfant peut être accueilli gratuitement, et y grandir tout en apprenant, et où des
professionnels formés s’occupent spécifiquement de la scolarisation des enfants jeunes de 2 à 6 ans.
K. Parce qu’il est prouvé tant scientifiquement que statistiquement qu’elle remplit d’une façon complète et
brillante tous les objectifs qui lui sont assignés, tant par l’administration que par ses consommateurs ; tant par les politiques que par les évaluateurs nationaux et internationaux.
L. Parce que le cognitif est lié en permanence à
l’affectif : on ne peut accéder aux savoirs, développer les savoir-faire, éduquer à la socialisation, construire l’esprit scientifique, sans que l’enfant soit aimé, respecté, et
satisfait dans ses besoins élémentaires et affectifs. Il faut que l’ enfant se sente bien, qu’il baigne dans une atmosphère de reconnaissance et d’amour, de bien-être physique et psychologique,
de confiance et d’expression pour qu’il ait envie d’apprendre, de jouer, de dessiner, de construire, de parler et d’échanger, d’utiliser son corps pour effectuer des exercices, etc..
2. Il faut
défendre la Maternelle Française parce que c’est l’école la plus importante dans toutes les scolarisations imposées et proposées à l’enfant entre son état d’élève et son statut
d’adulte.
A. En effet, c’est la première école qui transforme le petit d’homme en élève et en être socialisé : premiers débroussaillages sociaux et scolaires, premières obligations, premières
intellectualisations et réflexions…
B. De même, c’est la structure sociale la plus importante qui permette à l’enfant de pouvoir
accepter et apprendre la déprivation de sa mère, et qui ainsi :
-d’une part elle permet l’accès au savoir possible
-d’autre part elle permet de triangulariser
les rapports humains
-de même permet à l’élève de respecter les
autres enfants et les adultes,
-de surcroît, elle permet de les accepter comme tels et de reconnaître les rôles et
autorités et fonctions des éducateurs parents et enseignants.
C. Enfin, c’est la seule école que l’enfant est
obligé de réussir s’il veut devenir un homme, un adulte , et un être
socialisé , car elle permet , développe et favorise :
· l’accès aux langages et aux échanges, à la relation et communication
· la sortie du cordon ombilical et la possibilité de prendre de la distance par rapport à
l’affectif,
· l’apprentissage du frottis à la loi et de respect des normes et des règles
· la systématisation sociale des points de repère au niveau espace et temps qui autorisent une
identification vis-à-vis de lui-même et des autres
· les premiers rudiments éducatifs permettant de vivre ensemble
· l’utilisation raisonnée de son corps et de ses fonctions physiologiques : gestes, déplacements,
éducation sensorielle, latéralité usuelle, rythmes et besoins, etc.
D. In fine, c’est l’école qui sert de fondation et
d’assise pour toutes les autres écoles, aussi se doit-elle d’apporter des bases solides, durables, qualitatives, et fonctionnelles. Elle apporte à l’enfant tous les indispensables et
fondamentaux physiques, sociaux, psychologiques, psychoaffectifs et physiologiques et sanitaires sans lesquels aucune autre école ne pourrait
fonctionner ou effectuer son travail ou remplir ses rôles ou ses fonctions.
3. Comment
peut-on conserver ces atouts pour que l’Ecole Maternelle en France reste ce qu’elle est ?
A. En respectant l’autonomie professionnelle et la liberté pédagogiques dont jouissent les
enseignants depuis plus de 40 ans .Une recherche universitaire que j’ai menée dans le cadre d’études universitaires patronnées par Mme Florin, spécialiste internationale de la Petite Enfance, a conduit à conclure que trois raisons principales avaient conduit cent cinquante maîtresses du Maine-et-Loire (75% des sondées) à choisir la Maternelle plutôt que l’ Elémentaire : l’autonomie laissée à l’enseignant dans la gestion de sa classe, la
conscience du rôle indispensable et fondamentale de cette école dans la croissance et le développement, et l’épanouissement du petit enfant, et la reconnaissance réelle de leur identité
professionnelle par les parents, les autorités et les professionnels des tout-petits.
B. L’absence du carcan des programmes correspond à un prix à payer très lourd à
payer en disponibilité , imagination, nécessité de savoir en permanence où on en est, ce qu’on va faire, comment il faut réagir, quoi proposer
aux refusant, aux opposants, aux originaux, aux solitaires, aux immatures, aux petits génies, aux caractériels ou aux repliés, faute de quoi on est vite submergé, débordé, et l’impérative
nécessité de maintenir les équilibres, la sécurité des enfants, la sérénité des actions et des décisions oblige à des choix, une rapidité d’analyse et une vision globale et prospectiviste du
futur pédagogique ou éducatif immédiat.
C. En reconnaissant le professionnalisme spécifique , global , polyvarié et incopiable des
enseignantes de cette école ; leur identité professionnelle est pétrie de rôles, de fonctions, de motivations, de qualités, de critères de formations, de personnalités, de particularismes et d’images qui sont uniques, où l’originalité se complète avec la capacité d’imaginer et de se
renouveler, où la technologie des gestes graphiques et la capacité d’observation se complète d’une connaissance très pointue des techniques et une
nécessité vitale de créativité et d’inventivité . La créativité positive des respects des besoins et de gestions des moments et des articulations est une obligation permanente dans les
gestions quotidienne des groupes, des individus et des actions, et des moments, des événements prévus et imprévisibles…
D. En refusant d’agir en fonction des pressions sociales et économiques qui essaient de
détourner de leurs rôles les enseignants de cette école, mais sous le seul fil rouge de l’intérêt de l’enfant : refuser de « faire de l’efficace », s’inscrire en faux contre
« la rentabilité », l’épanouissement de la personne n’a rien à voir avec l’ergonomie d’une entreprise.
E. En n’essayant pas de copier ou d’imposer les mêmes évaluations qui sont imposées ou
utilisées à l’école élémentaire, car il ne s’agit pas du même métier, du même public, des mêmes objectifs, donc la démarche, les buts et les usages de l’ évaluation ne peuvent y être appliqués. Il s’agit d’abord de revenir à l’étymologie du mot (évaluer = mettre en valeur), de ne pas oublier qu’aucun enfant n’est comparable à un autre tant au niveau
de ses qualités, de ses compétences, de son degré de maturation que de ses temps d’adaptation, de son développement psychoaffectif, ou encore de son degré d’autonomisation, etc. Il n’est donc
comparable qu’à lui-même, dans le temps.
F. En essayant au maximum de
respecter les rythmes biologiques et les besoins physiologiques des jeunes enfants, sans oublier qu’on ne
peut éduquer ni instruire avant d’avoir respecté et répondu aux besoins sanitaires, physiques et psychologiques des élèves.
G. En maintenant des conditions de travail favorisant la poursuite des objectifs et
respectant la spécificité des tout-petits, sans essayer de « cadrer » ou d’ « harmoniser » avec le primaire : faute de
quoi l’école maternelle française serait en grand danger :
· Les conditions d’encadrement doivent être moindres qu’en élémentaire, car les enfants y réclament plus
de soin, plus de temps, plus d’attention, plus d’imagination, de création, parce qu’on y fait plus de choses, parce que les enfants y sont plus vite fatigable, parce que les méthodes et les
relations y sont souvent individualisées, à cause des fragilités fonctionnelles et personnelles, etc.
· Les qualités des enseignants doivent y être importantes et exceptionnelles, car il s’agit d’une école
beaucoup plus importante que les autres, avec des fondamentaux qui assurent la fondation de l’être social, aux forges de la loi qui permettent aux
autres maîtres d’après de pouvoir faire leur travail, etc.
· Les objectifs, les méthodes, les résultats, les procédures, la définition des priorités, le faisceau des
relations et communications interpartenariales y sont fondamentalement différents et variés.
Les buts éducatifs et pédagogiques sont essentiellement et existentiellement divergents, les
appréhensions y sont globales, les procédures tranversalisées en permanence.
4. Qu’est--ce qu’on peut améliorer,
changer, faire évoluer dans l’Ecole Maternelle Française aujourd’hui, en 2009 ?
Cinq secteurs peuvent faire l’objet aujourd’hui d’une remédiation qui
améliorerait le fonctionnement, la gestion, l’animation, la professionnalisation et les résultats de l’école maternelle d’aujourd’hui : à
savoir :
A. Redéfinir rigoureusement et précisément les objectifs, les procédures et les priorités
éducatives et pédagogiques de l’école maternelle, en concertation avec les formés, les formateurs et les personnels spécialisés de la Petite Enfance ;
B. Assurer aux futurs maîtres et enseignants de l’école maternelle une formation initiale qui soit solide, importante , longue, théorique et pratique de qualité, en l’adaptant à
la spécificité des élèves et des tâches de cette école ; en formant à la psychologie, à la relation, au partenariat, à l’écoute et à
l’observation, à l’utilisation de l’intelligence divergente et fluide, à la communication non-violente(CNV), etc.
C. Proposer et organiser pour tous les enseignants des écoles maternelles une formation continue de qualité et suffisamment adaptée et conséquente et massive, eu égard aux retards et lacunes ayant présidé pendant quinze ans
consécutive à l’absence presque complète des propositions formatives à destination des personnels concernés.
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En
conclusion, aujourd’hui, tous ceux et celles qui critiquent et dénigrent
soit l’Ecole Maternelle Française, soit ceux et celles qui y travaillent, font preuve d’une méconnaissance grave de ses aspects positifs, piétinent allégrement et ses progrès et son évolution au
mépris des grandes dames qui ont forgé son histoire, et desservent de manière délibérée l’avenir de l’école française en général, et de nos enfants en particulier : qu’ils aillent
s’informer, se recycler, enquêter, interroger, et au final, apprendre à respecter une institution républicaine qui a fait ses preuves au cours de l’histoire de notre pays, et qui est jalousée,
appréciée et copiée un peu partout dans le monde !
LHEUREUX GUY alias Lugguy, Instituteur 20ans,
Inspecteur-Formateur 20 ans, Chargé de mission 8 ans sur les Maternelles en Anjou,et ayant effectué des recherches sur la PETITE ENFANCE en FRANCE de 1972 à 2002; et
Doctorant-Chercheur en Philosophie de l’Education en Université de Bretagne (2009/2012).