Vient de paraître le livre "Fenêtre sur Plumes"

Publié le par LUGGUY

"Fenêtre sur Plumes"

 

                                 Publié par les Editions du Petit Pavé
                                                       (janvier 2014)

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   15 Janvier 2014 Poèmes et nouvelles des amis du Petit Pavé

(Nantes et Brissac-Quincé)

 

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Cette fenêtre sur plumes réunit quarante auteurs. Leurs regards, quoique apparemment différents, reflètent un même besoin de mémoire face à l’absence, un désir d’aventure, un rapport émotionnel avec les mots ou avec les sons autant qu’une envie de contact avec la nature.

Au-delà de la cadrature des textes en prose, des vers rimés ou libres, se dégage tantôt une atmosphère pesante de suspense et de mort imminente tantôt une impression de légèreté malgré la fragilité de la vie. Mais toujours demeure en chacun des auteurs la joie de révéler une part de son univers, de partager avec l’autre des mots...

 

 

EXTRAIT DE CE LIVRE - TEXTE DE LUGGUY-

 

Guy LHEUREUX

L 'A D I E U     A U X    A R M E S  VERS LE SEPTIÈME X

 

J'avais décidé, ce matin-là, comme le soleil s'était levé bien haut dans un ciel sans nuage et que l'horizon verdoyant ne reflétait aucun signe de bonheur, j'avais décidé, comme on décide de s'échapper de la maison familiale, quand tous les souvenirs d'enfance les plus vils et les plus dérisoires vous agressent la cervelle, de m'échapper de cet enfer  avec ces très hautes flammes qui m'entouraient ...Tel un feu dévorant qui lèche les parties les plus intimes de votre être autant que de votre corps, tout en  vous brûlant plus au-dedans qu'au-dehors, l'incendie qui m'assaillait depuis plusieurs mois  avait sucé tout le sel de mon existence, ne me laissant pour unique trésor qu'un humble masque de vie, fait de  peau, d'os et de faim, de soif et d'envie d'aimer....

Car il faisait chaud.... car il faisait faim... Depuis le dernier instant où j'avais grignoté un reste de racine plus sec qu'une trique qui servait à taper sur les nègres dans certaines espèces de galère, plus amères que certaines écorces d'arbustes que dévorent les troupeaux de rennes en plein hiver dans les steppes canadiennes du “ landies-shawewes“, ... depuis ce dernier repas frugal à l'extrême, il devait s'être écoulé au moins une semaine ... Il est vrai que je ne devais plus avoir la notion du temps. Ni celle de l'espace. Ni celle des forces qui pouvaient me rester pour réussir mon évasion...Encore fallait-il s'évader, quitter au plus vite cet enfer, et rejoindre sans tarder un monde plus civilisé, ou tout du moins une civilisation qui ne s'acharne point sur les bêtes pensantes. Eh oui ! J'étais une bête pensante et c'est la seule raison pour laquelle mes hôtes refusaient de m'alimenter. Mes hôtes, dis-je ! Je dois sûrement être trop gentil et ce devait probablement être la sous-alimentation et la détention difficile qui me couvraient involontairement d'un voile de charité tout à fait improbable, compte-tenu du carié-type qui me collait aux fesses depuis ma naissance. A moins que ce ne soit mon léger espoir de  me sortir d'ici, de ce champ infernal où ces sauvages faisaient régner une terreur indescriptible et sans nom.

Mais le Robinson qui somnolait au fond de moi se demandait encore comment faire pour sortir de là. Le champ était rectangulaire. Quatre frontières brûlantes dont il me faudrait en franchir une à la fois pour pouvoir un instant espérer. Est-ce que l'espoir, ce mot magique de six lettres, pouvait dire quelque chose pour moi ? Changer de décor ? Échapper aux violents coups de butoir aussi terribles que les accrocs des taureaux, les jours de farniente, que m'administraient mes geôliers chaque matin et chaque soir, comme s’ils n'avaient pas suffisamment dépensé leurs énergies et que leurs équilibres de tonus devaient passer par la peau de mon dos, de mes jambes et mes bras?

Me caméléonner en homme normal, moi qui n'étais, dans le règne animal de leur classification qu'une bête pensante, tout juste capable de faire régner la terreur ou de semer le "bazar" ? Sous le prétexte bête et méchant que "je savais lire, écrire, compter", donc capable de semer le trouble dans les autres cervelles animales prisonnières ou libres dans leur royaume !

Un champ rectangulaire possède quatre côtés, me dis-je. Il doit y avoir sûrement une solution, une toute petite, même si elle est toute seulette, elle doit sûrement exister. Ce ne serait d'ailleurs pas juste, statistiquement parlant, qu'il n'y ait qu'une somme importante d'incertitudes. Normalement, une chance sur quatre, ce n'est pas exagéré ! Mais les lois de la mathématique ne me seraient pas favorables... Je ne le sus que beaucoup plus tard.

Finalement je me retrouvais un peu comme un ancien couturier surpris en pleine divagation de chair et de dentelle…

 

Bonnet de dentelle …je me souvenais certain de l’ancien temps, cousu main avec des boyaux de chats blancs et noirs égarés dans le noir après une course-poursuite après la lune emportant sans autorisation le décret de la "mi-août" qui instaurait pourtant la fête des chattes en chaleur une fois tous les semestres pairs. …Mais tout cela ne résolvait pas mon problème… Comment faire, que dire, que penser dans ce fatras d’idées qui s’entrechoquaient ?

Prendre un virage à 197 degrés et tomber ivre mort... Je pensais encore à ces moines rouges et noirs nageant délibérément dans l'eau pure du fleuve la Fistoule en ouvrant des yeux étonnés. Devais-je écraser mon mégot pas encore tout-à-fait éteint sur le béret de mon meilleur ami, sans me demander où l'erreur subsiste, ou bien encore…

Saupoudrer ces cendres aiguisées à l'ail très fin sur les cadavres infidèles de canards laqués à l'orange et ruisselants de sucre doré chinois‚ sans préparation particulière, tels que je me les représentais dans ce traquenard où j’essayais subrepticement de me divertir comme je pouvais !

Ils ne me voyaient qu'ici, alors que j'avais laissé dix-huit mille bribes de moi-même, ailleurs dans un vase sacré de mon passé de jeune homme...

Dans le lointain qui s'approche, imperturbable, de mon présent: un ourlet, finement cousu, point par point...Y a-t-il quelqu'un ailleurs qui souligne, qui retrace les contours de ma mémoire qui se perd ?

Mes lunettes s'alimentaient de verre coloré par les dieux : je m’étais perdu dans des réflexions sans suite... Je  décidai donc de m'asseoir sur le sable chaud, et d'attendre patiemment le soir, qui ne tarderait pas à venir... Le soir allait-il éclaircir ma conscience ?

Quatre solutions dont l'une allait me donner de fous espoirs, mais causer bien des cauchemars et finalement se révéler équation impossible ! Le premier rempart du rectangle infernal paraissait difficile à franchir : d'une part, un énorme rideau de femmes-flammes s'égrenait sur toute la longueur de la barrière, ce genre de femmes à moitié nues et recouvertes de peaux de bêtes qui brandissaient des torches enflammées, et qui baragouinaient un charabia très incompréhensible… d'autre part, derrière elles, des fils de fer plus crochus que ceux qui habituellement gardent nos vaches picardes, bretonnes et normandes, et très probablement traversés par un courant à très haute tension (L.T.H.S.)*....

S'il était relativement facile d'échapper au troupeau des garces enflammeuses avec un minimum de force et de jugeote, il paraissait pour le moins impossible de passer le mur barbelé, à moins d'être le champion du monde de saut en hauteur, de réaliser  un record du double de la performance habituelle, et d'être sûr de ne pas louper son coup ! Beaucoup de conditions que j'étais très loin de remplir.... mais je ne perdais pas courage, et décidai d'examiner un à un les autres côtés avant de prendre une décision.

 

(Extrait d’un roman encore inédit : « A la poursuite du septième x quand les femmes eurent repris le pouvoir en Europe »)

 

* L.T.H.S. : « Ligne à Très Haute Tension Saturée»,  inscription frappée sur les plaques métalliques des panneaux de THT (avant la mise aux normes).

 

 

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